Le Bon Marché, 1870-1887

La naissance des grands magasins

 

Les quatre rotondes du Bon Marché
Le développement des grands magasins traduit bien les mutations économiques et sociales de l'époque. Fondé en 1784, le Tapis-Rouge marque la naissance du magasin de nouveautés. Mais ce type de commerce ne se développe qu'après 1820 avec La Belle Jardinière (1824), Aux Trois Quartiers (1829) et Le Petit Saint-Thomas (1830).
Sous le Second Empire, le percement des grands boulevards, l'essor des moyens de transport et l'accroissement de la population, et donc de la clientèle, donnent au grand magasin une dimension nouvelle.
Deux géants émergent, Au Bon Marché et Au Louvre, qui serviront de modèle au Bonheur des dames. Sous la gestion de Boucicaut, le chiffre d'affaires du Bon Marché passe de 500 000 francs en 1852 à 5 000 000 en 1860, 20 000 000 en 1870 et 72 000 000 à la mort de son fondateur en 1877, tandis que le nombre d'employés passe de 12 à 1 788.
Le succès des magasins de nouveautés a déjà fasciné Balzac qui décrit leur fonctionnement dans César Birotteau. Aussi obsédé par l'argent et la réussite sociale que l'auteur de la Comédie humaine, Zola a imaginé son grand magasin comme la "cathédrale du commerce moderne".
La recherche incessante de nouveaux produits susceptibles d'intéresser la clientèle, de "nouveautés", est une caractéristique du grand magasin parisien. L'instauration du prix fixe, marqué sur une étiquette, supprimant un marchandage qui ne correspond plus à l'esprit du temps, figure parmi les principales innovations.
Certains produits sont vendus à prix "sacrifiés" pour attirer la clientèle, le manque à gagner étant amplement compensé par les achats d'articles non démarqués. Afin d'accélérer le renouvellement des stocks, la liquidation des vieilles marchandises fait l'objet de réclames dans la presse et sur la voie publique. Mais c'est la réputation de Bon Marché et la très grande diversité des produits proposés qui font le succès du grand magasin.