La cathédrale Notre-Dame de Paris, 1163-1345

Le destin de Notre-Dame de Paris : grandeur, chute et retour en grâce


Les Capétiens
Le destin de Notre-Dame de Paris est mouvementé dès la fin du Moyen Âge. À partir du XVe siècle, la Renaissance délaisse un édifice qui ne lui parle plus. La Révolution française, y voyant un symbole du pouvoir, lui inflige des dommages importants. Au XIXe siècle, la restauration par Viollet-le-Duc lui rend sa splendeur lors d'une campagne de restauration qui reste controversée.

Un lieu de célébration

Avant même la fin de sa construction, vers 1350, la cathédrale Notre-Dame est utilisée comme le lieu de célébration de grands événements nationaux, qu’ils soient religieux ou politiques.
Dès le XIIIe siècle, Notre-Dame s’impose comme la première cathédrale de France, faisant du siège de l’évêché de Paris une sorte de capitale spirituelle française. Ainsi, un Te Deum est-il donné en l’honneur de la victoire, le 27 juillet 1214, du roi capétien Philippe Auguste à Bouvines contre Jean sans Terre, duc d’Aquitaine, de Normandie et roi d’Angleterre. Philippe Auguste affirme ainsi son pouvoir militaire contre les ennemis de la France et renforce son autorité royale sur les seigneurs. La célébration de cette victoire à Notre-Dame lie de façon durable l’histoire nationale et l’édifice gothique. Louis XVI n'oublie pas cette dimension quand il fait prononcer un Veni Creator (hymne à l’Esprit créateur) dans la cathédrale pour l’ouverture des états généraux.

La nef

Fonctions liturgiques et symbole d'unité nationale

La cathédrale Notre-Dame de Paris est aussi et avant tout un centre religieux. C’est là qu’est accueillie la Couronne d’épines attribuée au Christ, une relique chrétienne rapportée par le roi saint Louis après une croisade en 1248. Plus tard, la Sainte-Chapelle, joyau de l’architecture gothique, sera construite pour abriter cette relique.
Au-delà de cette dimension religieuse, la taille et la capacité à accueillir de larges foules dans sa nef font de Notre-Dame le lieu de célébration d’événements à caractère national. Les gravures et autres prospectus édités à l’occasion de ces célébrations nous renseignent sur le faste de ces événements. Les sacrements traditionnels pour des personnes de haut rang y sont organisés, comme les mariages princiers, les baptêmes ou les messes funéraires.
 

Les destructions de la Révolution

La cathédrale connaît sous la Révolution française une période mouvementée. Le catholicisme n’est plus la religion d’État et les biens de l’Église sont vendus lors de la “vente des biens nationaux”. Notre-Dame de Paris n’est pas épargnée : une partie de son trésor disparaît, vendu ou pillé.
Vue comme lieu symbolique du pouvoir, la cathédrale est également prise pour cible. Les statues des rois de Judée de la façade occidentale sont détruites par les révolutionnaires qui y voient une représentation des rois de France. Dans le même temps, le mobilier et les tableaux sont détruits ou dispersés. La cathédrale, ainsi dépouillée, devient un temple de la Raison, selon la volonté des révolutionnaires. Puis, quand ce culte disparaît, elle sert d’entrepôt des vins de la République !

Les trois ordres avec leurs atributs, placés sous le niveau

Napoléon Ier

Napoléon Ier, le retour en grâce

En 1801, la signature par Bonaparte et le pape Pie VII du concordat de 1801 redéfinit la place de l'Église au sein de la nation, en reconnaissant la religion catholique comme "celle de la majorité des Français" (mais non comme "religion d'État"). Un Te Deum est célébré à Notre-Dame le 10 avril 1802 pour la proclamation de ce concordat.

Napoléon Bonaparte choisit la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour être sacré empereur. Il rompt ainsi la tradition des rois de France qui allaient à Reims pour se faire couronner, mais privilégie néanmoins un lieu hautement symbolique. Loin de s'en arrêter là dans le bouleversement des traditions, il impose au pape de se couronner lui-même puis de couronner l'impératrice, moment représenté dans le célèbre tableau de Jacques-Louis David.
Pour l'occasion, l’édifice a été blanchi à la chaux, puis dissimulé sous des décors de Charles Percier et François-Léonard Fontaine. Les drapeaux d’Austerlitz ont été accrochés aux murs afin de masquer le pitoyable état de l’édifice. Mais il faut attendre les années 1830 pour que la nécessité de restaurer l’édifice soit prise en compte. Néanmoins, le climat reste à la méfiance vis-à-vis de la royauté : Notre-Dame est à nouveau prise comme cible par des émeutes anti-légitimistes en 1832. Mais un an auparavant, en 1831, la publication du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo avait initié un mouvement de sensibilisation des Parisiens et des Français au destin de la cathédrale, joyau du patrimoine culturel national.

Page manuscrite de Notre-Dame de Paris, de la main de Victor Hugo

Quand un roman sauve une cathédrale

Publié en mars 1831, le roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo devient assez rapidement un succès populaire. Dans le Paris médiéval du XVe siècle, il raconte l’histoire d'Esméralda, bohémienne accusée de meurtre, du bossu Quasimodo, sonneur des cloches de Notre-Dame, et de son tuteur Claude Frollo, archidiacre de la cathédrale.
Le succès du roman a une conséquence heureuse sur Notre-Dame. Alors que la cathédrale, malmenée au cours de la Révolution française, est en piteux état, les lecteurs redécouvrent un édifice d'exception et prennent conscience de la nécessité de le préserver et de le restaurer. Ce qui sera fait à partir de 1843, sous la supervision de deux architectes, Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste-Antoine Lassus (voir dossier La restauration par Viollet-le-Duc).

Le fou de Notre-Dame

Portrait et costumes des acteurs

Notre-Dame-de-Paris, le film
Le succès de Notre-Dame de Paris est tel des produits dérivés voient le jour : robes "à la Esméralda", vaisselle, bibelots, figurines, etc. Les rééditions et adaptations se multiplient de l'opéra à la chanson, en passant par le dessin animé, la bande dessinée, le cinéma, ou la comédie musicale. Quasimodo, aussi connu sous le surnom de bossu de Notre-Dame, chargé de sonner les cloches dans le roman d’Hugo, a vu son histoire évoluer. Au fil du temps, l’intrigue perd sa charge anticléricale et se dépouille des questions de pouvoir politique et d’alchimie pour se concentrer sur l’amour impossible du bossu pour la belle gitane.