L'électricien

Le triomphe de l'électricité au XIXe siècle


Deuxième Révolution industrielle
La principale revue française traitant d’électricité à la fin du XIXe siècle s’intitule La lumière électrique. Car c’est bien l’éclairage, avant tous les autres usages, qui passionne alors les Français. En 1907, le physicien Lucien Poincaré analyse cet engouement : “L’éclairage électrique est devenu pratique au moment même où les transformations de la vie sociale faisaient naître un désir intense de supprimer artificiellement l’obscurité des nuits.”

Du gaz à l’électricité dans l’éclairage public…

Pendant le XIXe siècle, l’éclairage public dominant Paris et la province est rendu possible grâce au gaz. Les 32 000 becs de gaz qui jalonnent les boulevards et les places de Paris nécessitent une manipulation quotidienne dont sont responsables les allumeurs de réverbères. À la fin du siècle, le réseau de gaz est peu à peu remplacé par l’électricité : l’allumage et l’extinction sont désormais commandés par des horloges et des postes centralisés. Cette automatisation a pour conséquence la disparition du métier d’allumeur de réverbères.
 
Le gaz et l’électricité sont en forte concurrence à la fin du XIXe siècle. Tandis que le gaz est réputé dangereux et peu commode, l’électricité, technologie nouvelle, présente d’autres inconvénients comme celui de ne pas pouvoir être stockée – faute d’accumulateurs fiables. D’autre part, l’électricité, encore très chère, est peu accessible pour les particuliers : seules les industries et les grandes infrastructures comme les gares, les théâtres et les palaces sont en mesure de s’équiper. Il faut attendre les années 1920 pour que les abonnés à la Compagnie parisienne de distribution d'électricité atteignent le million.
 

L’électricité en vedette aux grandes expositions internationales

L’un des grands événements de l’électricité du XIXe siècle se déroule à Paris en 1881. L’Exposition internationale de l’Électricité rassemble, pour la première fois, toutes les grandes inventions qui ont marqué l’histoire : le téléphone, le tramway électrique, la voiture électrique, ou encore l’ampoule à filament dont on doit les améliorations à Thomas Edison. De nombreuses démonstrations et expériences sont proposées pour la plus grande joie des quelque 700 000 visiteurs qui se pressent aux portes du palais des Champs-Élysées.
Le soir, des “auditions téléphoniques théâtrales” ont lieu : des téléphones, installés dans de confortables salles éclairées par des lampes à incandescence, retransmettent un opéra ou un concert qui se joue à quelques kilomètres à vol d’oiseau.
Plusieurs événements accompagnent l’Exposition internationale de l’Électricité, comme le Congrès international des électriciens ou la mise en lumière électrique de l’opéra de Paris (qui jusqu’alors était éclairé au gaz).
Dans la continuité de la Deuxième révolution industrielle, presque toutes les grandes expositions internationales consacrent une grande part à “la fée Électricité”, à l’image de l’Exposition universelle de Paris en 1889 ou en 1900.

L'incendie de l'Opéra comique

L’incendie de l’Opéra comique : l’éclairage au gaz interdit dans les théâtres

Dans la nuit du 25 au 26 mai 1887, en pleine représentation, un morceau de décor tombe sur un bec à gaz et s’embrase. Une onde de panique atteint le personnel, les comédiens et les spectateurs qui tentent de s’échapper par tous les moyens alors qu’il n’existe aucun dispositif de sécurité ni de plan d’évacuation. Les pompiers luttent toute la nuit pour éteindre les flammes et sauver des vies mais le bilan est lourd : au moins 100 personnes ont péri et l’on compte plus de 200 blessés. L’émotion est grande dans l’opinion publique : le drame fait la une des journaux, les chansonniers composent des morceaux en hommage aux victimes, des procès retentissants sont intentés contre l’architecte et le directeur du théâtre. Dorénavant, l’éclairage au gaz, strictement interdit dans les salles de spectacle, laisse la place à l’électricité. C'est un premier pas vers le tout-électrique.

Les illuminations du pont Alexandre III

Au XXe siècle, l'électricité fascine toujours

La fascination pour l'électricité se poursuit au XXe siècle avec l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937, également à Paris.
En 1937, la réalisation du pavillon de l’Électricité et de la Lumière est confiée à l’architecte Robert Mallet-Stevens qui saisit l’occasion pour livrer une ode à la gloire de la lumière et de l’image en mouvement. L’édifice, immense, rassemble toutes les grandes découvertes du siècle. À l’extérieur, des installations produisent d’impressionnantes étincelles qui se reflètent dans l’eau des bassins. La façade, d’une superficie de plus de 600 m, est envahie de projections de toutes sortes : chromotypes (plaques de verre réalisées par les artistes Raoul Dufy, Fernand Léger, Georges Rouault, ou même des enfants), “Kacolor” (kaléidoscopes), films documentaires et scientifiques. À l’intérieur du bâtiment sont exposées de nombreuses œuvres parmi lesquels La Fée Électricité, immense composition peinte par Raoul Dufy qui célèbre l’invention de la vie moderne.

Clichy : hôpital Gouin, salle d'opération

L’électricité dans les hôpitaux, un progrès considérable

L’électricité a beaucoup apporté à la science médicale. Au début du XXe siècle, la salle d’opération n’est encore qu’une pièce rudimentaire qui doit nécessairement être éclairée par de grandes fenêtres en verre poli. Faute de lumière électrique correcte, les opérations chirurgicales ne pouvaient se dérouler que le jour. Par ailleurs, la lumière naturelle présente le défaut de porter des ombres, ce qui gêne le chirurgien pour un travail extrêmement minutieux. L’installation de lumières d’appoint n’a pas résolu le problème, d’autant plus que la chaleur dégagée par ces lampes mobiles et très fortes augmentait la température de la pièce au point de devenir insupportable pour le patient et l’équipe soignante. En 1919, l’invention de l’éclairage scialytique par le chirurgien Louis Verain est une véritable révolution. Un faisceau lumineux est produit et réfléchi par parfois plus de 2000 miroirs disposés dans une coupole. Cette source lumineuse et orientable supprime les ombres portées ; elle permet des interventions chirurgicales à toute heure du jour et de la nuit. Le système d’air conditionné – qui se généralise dans les années 1950 – renouvelle en continu une atmosphère saine et rafraîchie.