le passage Pommeraye, 1840-1843

Des passages couverts aux grands magasins


La galerie Colbert, Paris
Le développement de l’espace public dans les villes d’Europe, et plus particulièrement à Paris, trouve son double dans le spectaculaire développement d’un espace urbain intérieur, à vocation commerciale : le passage couvert, puis le grand magasin. C’est en effet simultanément, autour de 1780, qu’apparaissent les premiers trottoirs (à Paris dans le quartier de l’Odéon) et les premières galeries. Au même moment aussi, on crée les réseaux d’avenues, de boulevards et de places dédiés à la grande circulation et l’émergence de la grande distribution. Les grands magasins sont implantés à proximité d’axes importants, tandis que les passages couverts relient rues et boulevards entre eux. Chacun procède ainsi d’une exploitation maximale des intérieurs d’îlots et contribue à la densification du tissu urbain.
Tous tirent également profit d’un matériau : le fer. Son emploi devient systématique à partir des années 1820. Associé au verre, il autorise la couverture de rues intérieures.

Des "cathédrales du commerce"

L'emploi de ce matériau nouveau va de pair avec l'abandon quasi général de toute référence aux styles historiques de l'architecture. Baptisés "cathédrales du commerce", les grands magasins nés au cours des années 1860 sont la version monumentale des passages : les galeries s'y superposent au lieu de se suivre. Ils sont aussi le lieu d'importantes innovations constructives.
Escaliers, passerelles et verrières, conçus par des architectes et des ingénieurs qui ont fait de la construction métallique une profession de foi, mettent en scène ces espaces intérieurs, protégés et camouflés par des enveloppes de pierre indépendantes de l'ossature. Émile Zola note dans Au Bonheur des dames (1883) : "Partout on avait gagné de l'espace, l'air et la lumière entraient librement, le public circulait à l'aise, sous le jet hardi des fermes à longue portée."

Le passage Véro-Dodat, Paris
 

Le grand magasin disparu d'Henri Sauvage

Nantes a accueilli un autre édifice marquant dans l’histoire des architectures commerciales, mais il n’a pas survécu aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale : les magasins Decré d’Henri Sauvage, dont c’est l’œuvre ultime et l’une des plus audacieuses.
À l’angle des rues du Moulin et de la Marne, l’édifice se distinguait par la simplicité de son ossature métallique, entièrement préfabriquée, et ses façades vitrées suspendues au sommet. Il s’agit du premier mur-rideau construit en France.