Égyptomanie et voyage en Orient

Égyptomanie et voyage en Orient

 

Les savants de la Commission des sciences et des arts au jardin de l'Institut d'Égypte au Caire
Dès le début du XVIIIe et durant tout le XIXe siècle, l'Orient est pour le monde occidental l'objet d'explorations, d'études, de fantasmes et de rêves sans cesse renouvelés. Le Levant, terme qui désigne alors l'Orient, témoigne de son importance symbolique : c'est ce lieu sacré où se lève le soleil, où la naissance du jour a vu briller l'aube des civilisations. L'Orient devient ce lieu où il faut se rendre absolument.

L'Égypte, destination privilégiée

La première destination du "Voyage en Orient" est aussi la plus prisée des Occidentaux. L'Égypte occupe en effet une place d'exception dans le cœur et l'imaginaire, notamment des Français. La vogue du voyage en Orient coïncide en effet avec l'expédition de Bonaparte en Égypte en 1798. Le général part accompagné de 167 savants, âgés en moyenne de 23 ans (le plus jeune a 15 ans !) qui tirent de leurs observations une monumentale Description de l’Égypte. Cet ouvrage, à l'origine d'une science nouvelle de l'Égypte antique (l'égyptologie), puis le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822 suscitent un engouement sans précédent.
 
De la campagne de Bonaparte à l'inauguration du canal de Suez en 1869, le XIXe siècle devient celui de l'"égyptomanie". L'univers révélé par les fouilles archéologiques excite la curiosité scientifique et intellectuelle. Les photographes partent sur le terrain pour mettre leur savoir-faire au service de la science. Grâce à leurs images, nous pouvons revivre aujourd'hui les différents états des chantiers et découvrir le sphinx encore à demi enfoui sous le sable du désert.

L'Orient des scientifiques


Un chadouf
Il faut distinguer le "Voyage en Orient", périple romantique pour intellectuels nostalgiques, du voyage scientifique. Au siècle des grandes inventions, de la foi dans le progrès et des conquêtes coloniales, l'Orient est aussi une mine d'explorations. Des savants comme Champollion ou Mariette, des spécialistes de toutes disciplines, procèdent à un vaste inventaire scientifique de l'Orient : botanique, zoologique, minéralogique, archéologique ou sociologique. Ils sont en général accompagnés de photographes dont le seul souci est de rendre compte de l'état des recherches.
Vestiges antiques et rivages du Nil restent longtemps les sujets de prédilection. Mais peu à peu se dessine aussi une nouvelle Égypte. La photographie commerciale se développe et propose aux touristes d'autres aspects, plus pittoresques ou ethnologiques. Émile Prisse d’Avennes, ingénieur, archéologue et ethnologue, s'installe en Égypte, en adopte les coutumes et la langue. Il s'intéresse autant aux ruines de l'Égypte des pharaons qu'à l'art arabe et à la vie quotidienne des Égyptiens du XIXe siècle.

L'Orient des artistes


Fontaine du Fellah
Les artistes ont une approche différente : leur voyage en Orient est balisé selon un itinéraire bien précis, initié par les romantiques. Le parcours idéal est effectué en 1849-1850 par Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Il va d'Alexandrie jusqu'en Italie en passant par la Palestine, le Liban, la Syrie et Constantinople. Le plus souvent, il s'agit davantage d'une quête de soi, nourrie des fantasmes collectifs et d'un mysticisme, que d'une découverte de l'Autre.
Qu'ils soient écrivains, peintres ou photographes, c'est une part d'eux-mêmes que les artistes vont chercher, la réponse au questionnement des origines : le "Voyage en Orient", c'est le retour aux sources, vers "notre berceau cosmogonique et intellectuel" (Gérard de Nerval). De Noël en Égypte à Pâques à Jérusalem, au rythme des saisons, les voyageurs se fixent des étapes initiatiques pour accéder au paradis perdu, affichant une indifférence parfois méprisante à l'égard des autochtones musulmans.
Les peintres du XIXe siècle subissent aussi pour la plupart l'influence orientale. On rêve de la lumière unique de la Méditerranée et des couleurs du couchant sur les vestiges antiques mais aussi de bains turcs, de la sensualité des femmes du harem. Cet Orient idéalisé ne correspond pas toujours à la réalité des vrais amoureux de l'Orient, ceux qui y ont vécu, comme l'écrivain Pierre Loti ou le photographe Gustave Le Gray qui mourra au Caire.